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16-01-2015
 Maroc : les industriels marocains innovent

Les pouvoirs publics marocains incitent les sociétés de pêche à élever le niveau de qualité de leur production. Zoom sur cinq entreprises qui ont su anticiper et se transformer.

Le secteur marocain de la pêche connaît de profondes transformations, alors que l'élévation des normes imposées par le marché suppose une amélioration des conditions de capture et donc une modernisation des flottes. Face aux gros opérateurs qui tentent de conserver leur leadership, les PME n'ont d'autre choix que de se regrouper pour survivre. Spécialiste de la conserve d'anchois, le groupe El Jabri a par exemple racheté une série de petites structures en difficulté, pour devenir aujourd'hui l'un des acteurs de poids du secteur. La pêche intéresse également toujours plus les investisseurs étrangers, qui n'hésitent pas à placer quelques capitaux dans les entreprises marocaines à fort potentiel.

Des efforts importants ont aussi été entrepris en matière de marketing et de packaging. Place à l'innovation pour se démarquer de la concurrence. À l'éternelle sardine en boîte s'ajoutent aujourd'hui des produits fumés, salés, marinés... Mieux présentés, donc plus appétissants. Une véritable révolution culturelle pour les industriels comme pour les consommateurs marocains. Et pour souligner la qualité de ces produits, les autorités marocaines de tutelle ont inauguré le label Hout Bladi ("le poisson de mon pays"), qui montre la voie que devront dorénavant suivre les sociétés de pêche. Portrait de cinq d'entre elles.

Silver Food - Super Mario

L'histoire de Silver Food est avant tout celle d'un homme : El Hachmi Boutgueray. À 42 ans, il est à la tête du holding Anwar Invest, quatrième groupe agroalimentaire marocain, dont les filiales commercialisent des marques aussi populaires que les biscuits Sergio, le beurre Badaouia et, surtout, le thon Mario, produit par l'entreprise de Lakhyayeta (près de Casablanca), qu'il a rachetée en 2009 et qui a réalisé en 2013 un chiffre d'affaires de 470 millions de dirhams (41 millions d'euros).

Plus de 100 millions de boîtes de thon et de sardines sont produites chaque année par Silver Food, dont 70 % sont exportées dans une trentaine de pays. Bien positionnée sur son marché, la firme ne craint aujourd'hui qu'une chose : la baisse des prix de vente de ses conserves, provoquée par l'entrée de produits de contrebande en provenance d'Espagne ou d'Algérie et par l'arrivée au Maroc des premiers opérateurs asiatiques.

Unimer - De bon thon

Filiale du groupe Sanam, de Saïd Alj, Unimer est leader au Maroc dans la conserve et semi-conserve de petits pélagiques. L'entreprise emploie quelque 5 000 salariés pour des activités tournées à 85 % vers l'export (Amérique du Nord, Amérique centrale, Europe, Moyen-Orient, Afrique de l'Ouest, mais aussi RD Congo, Afrique du Sud, Thaïlande, Japon et Australie).

En plus du poisson en conserve sous les marques Titus, Madrigal, Vanelli et La Monégasque, elle commercialise des produits frais et surgelés, des sauces et condiments, des boissons et des conserves de fruits et légumes. Trois ans après avoir absorbé La Monégasque-Vanelli Maroc, Unimer a récidivé en 2013 avec Consernor, spécialisé dans la conserve de thon et de sardines.

Forte d'un chiffre d'affaires de 3,4 milliards de dirhams en 2013 (300 millions d'euros), l'entreprise veut poursuivre son développement en Afrique. Un accord a été signé en mai avec le gouvernement mauritanien pour la réalisation d'une unité de transformation et de valorisation du poisson à Nouadhibou.

Nouvelle Aveiro Maroc - Sans arêtes

Créée en 1946 à Agadir, la société Aveiro est passée de main en main avant de tomber dans celles de Mohamed Bicha en 1983. Devenue depuis lors Nouvelle Aveiro Maroc, c'est aujourd'hui l'un des acteurs majeurs du marché de la conserve, avec une capacité de transformation de 40 000 tonnes de poisson par an.

Spécialisée dans la sardine et le maquereau en provenance des eaux d'Agadir, de Sidi Ifni, de Dakhla, de Laayoune ou de Tarfaya, l'entreprise ne vend que 10 % de sa production au Maroc, notamment sous les marques bien connues Delmonaco et Liberator.

Très présente à l'export, elle fait tout pour renforcer sa part de marché dans le royaume. Nouvelle Aveiro Maroc est ainsi la première conserverie à proposer des boîtes de sardines sans arêtes. De quoi doper un chiffre d'affaires estimé à 350 millions de dirhams en 2013 (environ 31 millions d'euros).

Marona - Le goût du large

Quand le holding royal SNI investit, il le fait à fond. Et quand il s'intéresse à la pêche, c'est dans la filière hauturière : les espèces capturées sont les plus nobles, qu'il s'agisse de poissons plats (la sole et la raie), à écailles (pagre, merlu, saint-pierre, dorade...) ou de céphalopodes (seiche, calmar et poulpe).

Le chiffre d'affaires n'est pas communiqué, mais avec un capital supérieur à 330 millions de dirhams (30 millions d'euros), la société semble avoir les moyens de ses ambitions. En 2013, ses 40 chalutiers - soit la plus grande flotte de pêche du royaume - ont sorti de l'eau 7 400 t de céphalopodes et plus de 5 000 t de poissons. Les méthodes de capture comme de conservation ont été mises aux normes de l'Union européenne, qui reste le principal client de la compagnie avec le Japon.

LGMC - Premier sur les sardines

Fruit d'une fusion opérée en 1996 entre les Grandes Marques de la conserve et les Conserveries chérifiennes, les Grandes Marques chérifiennes (LGMC) sont aujourd'hui le numéro un mondial de la conserve de sardine.

Depuis son introduction en Bourse cette même année, l'entreprise a volé de succès en succès et en a même profité pour se diversifier dans la conserverie de fruits et légumes.

Elle pèse aujourd'hui 20 % des recettes d'exportation du secteur, réalise chaque année un chiffre d'affaires de 400 millions de dirhams (35 millions d'euros), pour une capacité de production annuelle de 60 000 tonnes.

De quoi susciter l'intérêt, comme cela a été le cas avec l'entrée dans le capital du fonds d'investissement Mutandis qui, pour 198 millions de dirhams, s'est emparé de 51 % du capital en 2010. Les actionnaires historiques que sont les familles El Jamali, Ayouche et Bourqia ont depuis vu leur participation limitée à 43 %.

Par : TARIK BEN LARBI / jeuneafrique.com