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04-08-2015
Parcours des femmes Ă  la fois ordinaires et extraordinaires (RĂ©seau Africain des Femmes dans la PĂŞche)

En juin 2015, COMHAFAT et REPAO ont organisé un atelier régional sur les stratégies de développement des échanges de produits halieutiques en Afrique. Cette réunion technique a réuni quelques 50 acteurs de la filière représentant une dizaine de pays africains. Cette rencontre s’est distinguée, des autres rencontres de ce type, par la présence remarquée de femmes professionnelles de la filière d’une dizaine de pays africains. Mais qui sont donc ces femmes à la fois ordinaires et extraordinaires ? Leur parcours sont très divers, mais leur motivation identique : opératrices économiques, elles veulent participer pleinement au développement de cette filière et bénéficier entièrement des opportunités créées. Elles sont toutes membres du RAFEP[1], Réseau Africain des Femmes dans la Pêche. Elle témoigne ici de l’importance et de l’utilité pour elles d’appartenir à un réseau de femmes à la pêche. Gloria Ofori-Boadu[2] et Marie Christine Monfort[3] les ont rencontrées.

Madame Baliaba Nee Beyene Ateba, Cameroun

« Je suis basée à Yaoundé, au Cameroun. Je suis la présidente du réseau camerounais des femmes de la pêche de la pêche au niveau national, et la présidente du réseau africain des femmes de la pêche (RAFEP), qui rassemble 22 pays. Je suis mareyeuse et transformatrice  des produits de pêche, de mer. Acheteuse à Kribi, au sud du pays, je revends le poisson à Yaoundé. Je vais à Kribi deux fois par semaine, où je fais mes approvisionnements en poisson frais. Mes déplacements se font se fait par transport publics. De Kribi à Yaoundé, je rentre avec des futs de 50 kg chargé du poisson frais conditionné. Pendant la saison d’abondance, dépendant de la saison des pluies qui s’étale de septembre à décembre, je reviens avec 10 à 15 futs. Je suis propriétaire d’une pirogue, mais j’achète aussi le poisson aux pécheurs. A côté du négoce de poisson frais, je revends du poisson fumé qui est transformé à Kribi, par les très nombreuses femmes qui participent à cette opération. »

 « Je suis formée pour être institutrice auprès des tout petits enfants. Mais le salaire n’était pas suffisant. Je voulais un autre métier. Ma voisine m’a signalé des possibilités au niveau des activités de mareyage et de transformation de poisson au Kribi. J’ai sauté le pas. Et si c’était à refaire, sans hésitation je referai ce métier. »  

Madame Antonia Adama Jallo, Guinée Bissau

« Je suis la présidente du réseau des femmes qui commercialisent le poisson AMOPEIXA, en Guinée Bissau. J’ai plus de vingt ans de métier. Je suis mareyeuse de poisson c’est-à-dire que j’achète auprès des pêcheurs, et je le revends au niveau national et sous régional à Conacky, Dakar… Quand le poisson n’est pas vendu je fais faire de la transformation, le fumage. Je suis fonctionnaire auprès du gouvernement Guinéen et ne perçois par ce premier métier qu’un très bas salaire. Donc j’ai commencé à me lever très tôt le matin, avant 5 heures, pour acheter le poisson au débarcadère et prendre mon travail de fonctionnaire à 8h. Le salaire de fonctionnaire me permettait d’acheter comptant le poisson, ce qui dans ce métier fait toute la différence. Je pratique ces deux métiers depuis 1992, mais cela m’a permis de payer une éducation à mes deux enfants. J’ai pu leur payer des études à l’étranger. Je peux le dire la pêche a financé les études de ses enfants. C’est très dur, bien sûr, mais c’est ce métier de la pêche qui a embelli ma vie, celle de mes enfants. Qui m’a permis de me payer une maison, une voiture. Je suis fière de ce que j’ai fait. Sans aucun soutien de mon entourage. »

« Je suis la vice-présidente de la confédération des femmes des activités économiques au niveau national. Au niveau de la pêche l’activité est très dynamique. Nous avons réussi par décret à faire que la pêche industrielle nous réserve une partie de ses débarquements. Participer au RASEP, permet de partager nos expériences avec nos sœurs de l’étranger. Ces échanges sont importants. »

Victoire Aliou Gomez, Bénin

 « Je suis mareyeuse et transformatrice de produits de pêche. J’achète le poisson tous les jours, tout le temps surtout en période d’abondance.  En période de soudure (non abondance), on alterne avec d’autres activités génératrices de revenus, comme la vente de « divers » dont le riz, des boites de conserve, de l’huile, des biscuits. Les achats de font toute la journée aux pêcheurs, souvent appuyés par certaines femmes qui financent la pêche. Le JICA (agence japonaise de développement) nous a aménagé le port. En période d’abondance, on peut acheter jusqu’à 5 à 10 bassines contenant 25kg chaque environ. Je m’approvisionne aussi auprès de la pêche industrielle où les poissons sont mis en sacs de 20 ou 25 kilos. Je revends sur place aux transformatrices qui font le fumage et la transformation en salé séché. »

« Je suis née dans la pêche (rire). Mon père a été pêcheur toute sa vie; au départ à la pêche artisanale, puis à la pêche chalutière en tant que matelot, puis en tant que bosco (second au capitaine). Ma mère était une grande mareyeuse qui avait également une activité de salé séché. J’aime beaucoup mon métier. J’y ai réalisé beaucoup de choses. Cela m’a permis de devenir responsable d’abord sur le site au niveau local  puis au plan national. Les mareyeuses sont souvent analphabètes. Moi je suis allée à l’école jusque la terminale. »

« Aujourd’hui, je suis présidente de l’association des mareyeuses et des mareyeurs du Bénin. Cela m’a donné l’ouverture pour la mise en place du réseau RAFEP. Il s’agit de mon deuxième mandat de secrétaire générale du RAFEP. Cela me permet de prendre part à de grands colloques, des foires régionales et internationales, à des formations. Le réseau m’a permis de prendre contact avec d’autres mareyeuses d’autres pays ; avec lesquels nous faisons beaucoup d’échanges. Cela devrait nous permettre de faire qu’un jour les femmes soient prises en compte au niveau national et international.»

Saïda Rachid, Maroc

« Première mareyeuse du Maroc, aujourd’hui j’ai une société d’exportation de poisson frais, qui emploie une dizaine de personnes, et qui vend vers l’Italie, la Suisse. Les difficultés sporadiques à m’approvisionner en poisson de pêche, m’a poussé à me réorienter vers les coquillages d’élevage.  Mon père était armateur, il était propriétaire de 14 bateaux et 8 camions frigorifiques. Après le bac j’ai travaillé dans une banque, mais j’aidais toujours mon père notamment dans les achats. Quand je me suis mariée, mon mari m’a dit « stop au port ». Il a alors créé une société de négoce à l’export dont je me suis occupée des approvisionnements. Je connais bien les gens de mer au Maroc ; En tant que présidente du réseau marocain des femmes à la pêche (REMAFEP), j’ai vu les femmes travailler souvent dans des conditions difficiles et mal rémunérées. J’ai pensé qu’en adhérant au RAFEP cela me donnerait des outils pour aider les femmes de mon pays. »

Gloria Ofori-Boadu, Ghana

“I am a lawer and president of the women assistance and business association WABA in Ghana. I am also a member of the Advisory board for the National Fish Processors and Traders Association (NAFPTA). I am not exactly a professional in the seafood industry, but in 1996 I founded an NGO, called WABA to promote the legal civic and economic empowerment of women and their families. I am interested in women in fisheries, and building their capacity. It is a food security, poverty alleviation and wealth creation.”

“I came into RAFEP in 2013. In 2014, I was elected second vice president. This network helps me to meet experts and other women from fisheries in other countries. It definitely contributes to my own empowerment, build my capacity; although I am used to train other women. For instance, my experience with RAFEP helped me to draft the constitution of the NAFPTA in Ghana. We hope to get more from RAFEP in terms of empowerment and to be able to transfer this knowledge. This network made me national and then panafrican. We can’t do it alone.”

Evelyn Nasamu, Nigeria

“I am the Women Leader for Nigerian Union of fishermen and Seafood Dealers. I was a beautician and cosmetologist based in Lagos.  I began engaging in fisheries in 2004 when I relocated from Lagos to Abuja. I realized that in Abuja, my profession as a beautician was not working well for me. I was introduced into the fisheries business by my senior sister's husband, Chief Roland Bello. I am today a fish processor and marketer. I process many types of fish and I buy my fish mostly from fish farmers in aquaculture. As part of my association, we work together to process tilapia and different types of fish, through smoking.  Together with other members of my association, we are able to process 700 tons of fish. We use local smoking ovens. We sell the fish at fish markets in Nigeria.”

“I have been part of RAFEP since its inception. I have met many women who work in my field. I have also received and shared ideas with them.”

Amie Ceesay Jaiteh, Gambia

“I am the President of the National Association of Fisheries Operators in The Gambia. I am also an Executive member of the Fish Exporters Association of Gambia.”

“I used to run a restaurant, buying fish in the market and sometimes, going to the landing site to buy fish for my restaurant. I realized there is so much waste of fish at the landing site. The fishermen did not have ice so most of the fish got bad and the fishermen dug into the sand and buried the fish. On a special trip to the U.K., I smoked some fish and put it into a suitcase. I took samples of the smoked fish to the African markets in the U.K. and started marketing them. I had many orders for more smoked fish. The Department of Fisheries in The Gambia advised us to pack the fish orders in exportable master cartons which we did and transported the fish by Air cargo. The orders and demand for our fish increased and so we began shipping them in containers. It takes twenty-one days to ship to the U.K. and twenty-eight days to ship our fish to the US market.  Our Association in period of high demand, is able to share the costs of production for 600 boxes of fish including their transportation, export and delivery to international markets. I have been in the fisheries   export business, for the past ten years.”

“I have met different women from different countries who are working in fisheries and we have been able to network. But we are yet to do business with each other. It is my hope that we will be able to do business with each other, especially by buying fish from each other where we don't have that type of fish in our respective countries.”

Seynabou Ndoye, Sénégal

« Je suis née à Mbour, mais j’habite à Kayar avec mon mari. Je suis mère de 7 enfants. Dès l’âge de six ans, ma grand-mère maternelle m’a initiée à la couture. Après avoir quitté l’école, au niveau de la troisième, je suis devenue couturière de profession. Mais toutes les femmes du village, y compris ma mère avait une activité de mareyeuse. Elles faisaient la navette entre Mbour et Dakar. Et puis jeune femme, j’ai été inspirée par l’une des tante de mon mari. Elle était présidente d’une coopérative de 117 femmes qui toutes faisaient l’activité de pêche ; elle voulait que je sois sa secrétaire. Elle disait que la femme avait le droit de travailler ; elle a initiée les femmes au travail de transformatrice. Je l’accompagnais pour discuter avec ses partenaires ; à ce moment nous avions un projet financé par des américains, et dirigée par une femme américaine ; elle me disait des choses très concrètes ; m’a montré que j’avais les capacités. Alors j’ai voulu faire du frais, activité qui ne nécessite pas beaucoup de temps ; ce qui m’autorise à m’occuper de mes enfants. En 1990, les transformatrices, les micro-mareyeuses ont créé une fédération nationale des GIE de  pêche du Sénégal (FENAGIEPECHE) dont j’ai été vice-présidente, responsable des femmes. Mes responsabilités me prenaient tout mon temps ; entre les avions, les ministères, cela m’a pris beaucoup de temps. Je ne pouvais plus faire de micro mareyage. J’ai pratiqué ce métier de 1990 jusqu’en 2010. »

« J’ai été la première présidente de réseau RAFEP.  De ce réseau, j’attendais qu’on solutionne les problèmes qu’on ne pouvait régler au niveau national. Mais à ma grande surprise, Le RAFEP est bien un espace réservé aux femmes, mais nous n’avons pas la reconnaissance attendue. Nous n’avons pas pu en ces premières années totalement formaliser le réseau. Nous n’avons pas de bureau avec une secrétaire permanente, et pire, nous n’avons pas de reconnaissante juridique. Ce défaut de statut freine clairement le développement du réseau. » 

« Je souhaite à la nouvelle présidente beaucoup de courage car la tâche ne sera pas facile. Certains pensent que nous n’avons rien dans la tête or nous sommes des femmes leader dans nos pays. Malheureusement, nous n’avons pas cette reconnaissance. On doit convaincre les décideurs de notre rôle. Personne ne le fera à notre place. La volonté est là, la disponibilité aussi. Ce qui nous bloque vraiment, au-delà du manque de reconnaissance, c’est le manque de financement. »

 


[1] RAFEP a été créé en 2010 http://www.comhafat.org/def.asp?codelangue=23&id_info=1524

[2] Vice présidente du RAFEP

[3] Auteure de « The role of women in the seafood industry » Globerish report #119, May 2015

Par : Marketing Seafood